Par Emily Phoenix, Associée à la conservation et ancienne Responsable de la préparation au George Eastman Museum
À la Musée George Eastman, une solution de vitrage utilisant Acrylique Musée Optium® a été mise au point pour la fabrication de reproductions de passe-partout peints au verso, afin de contribuer à la préservation de daguerréotypes français. Cette utilisation innovante de matériaux de vitrage modernes et anti-reflet sublime la présentation de ces objets, tout en offrant une protection rigoureuse et un rendu historiquement fidèle.
La collection Gabriel Cromer du George Eastman Museum est considérée comme l'un des fonds de photographie ancienne les plus importants au monde, et constitue la collection la plus exhaustive de matériels photographiques français primitifs hors de France. Arrivée aux États-Unis en 1939, suite à son acquisition par l'Eastman Kodak Company auprès de la veuve de Cromer, elle constitue l'un des piliers des collections du Musée depuis 1949, deux ans seulement après sa fondation. Ces pièces ont été officiellement données au musée par Kodak en 1972.
La collection Cromer est représentative de la pratique de la daguerréotypie en France et comprend des œuvres réalisées par certains des praticiens les plus illustres du procédé. Ces photographies primitives, d'une finesse et d'une beauté exceptionnelles, sont extrêmement vulnérables aux altérations chimiques (telles que le ternissement et la corrosion) ainsi qu'aux dégradations physiques (abrasions et rayures). C'est pourquoi les daguerréotypes doivent impérativement être conservés sous un verre de protection afin de limiter les interactions avec leur environnement.
Il est fréquent que le verre de protection d'origine paraisse sale, alors qu'il présente en réalité des signes de décomposition chimique du verre. Parfois, cette altération est si avancée qu'un simple nettoyage n'est plus envisageable et que le remplacement du verre s'impose. De même, les reliures d'origine ou d'autres éléments du montage de la plaque peuvent avoir disparu ou s'être dégradés au point de ne plus assurer la protection nécessaire au daguerréotype.
Pour offrir à ces œuvres un environnement de conservation optimal, un verre borosilicate ou un verre renforcé chimiquement est utilisé pour le nouveau vitrage. Si d'autres composants du montage doivent être remplacés, le choix se porte sur des matériaux chimiquement inertes et non hygroscopiques. Toutefois, le remplacement d'un verre peint au verso — caractéristique typique des daguerréotypes français — représente un défi supplémentaire, et dans certains cas, ces verres d'origine manquent totalement. C'est là qu'un vitrage secondaire — un verre de reproduction placé au-dessus du nouveau vitrage primaire — devient une solution aussi viable qu'esthétique.
Grâce à une généreuse subvention de la Fondation pour la promotion de la conservation (FAIC)/Tru Vue® pour la conservation et l'exposition, l'équipe de conservation et de préparation du musée a pu s'attaquer aux problèmes de préservation et d'exposition de plusieurs daguerréotypes de la collection Cromer. Dans un premier temps, plusieurs plaques originales nécessitant un nouveau vitrage ont été replacées. Ensuite, des reproductions de verres de protection peints à l'envers ont été réalisées à l'aide d'acrylique Optium Museum Acrylic®. Le film protecteur de l'acrylique a été soigneusement découpé afin de créer un masque pour l'application de la peinture acrylique.
Pour les ouvertures courbes, telles que les ovales, les cintres ou les angles arrondis, les masques ont été créés à l'aide de vinyle découpé à la machine. Une fois la peinture d'accentuation dorée ou noire appliquée en lignes fines autour de la fenêtre, le reste du masque était retiré pour appliquer le fond blanc ou noir. Le vitrage ainsi peint était ensuite inspecté pour détecter d'éventuels manques, et une seconde couche était appliquée si nécessaire. La zone peinte a été recouverte de polyester avant d'être superposée au montage du daguerréotype.
Grâce à ce projet, les daguerréotypes peuvent être exposés en toute sécurité avec des passe-partout et des cadres respectant les styles historiques, offrant ainsi un contexte essentiel à ces objets uniques et enrichissant l'expérience esthétique des visiteurs du musée.
L'auteur tient à remercier ses collègues du George Eastman Museum pour leur contribution à ce projet, notamment Jamie M. Allen, Conservatrice (Stephen B. and Janice G. Ashley Curator) ; Taina Meller, Conservatrice en chef ; et Sarah Casto, ancienne Conservatrice adjointe. Des remerciements particuliers s'adressent également à Heather Shannon, ancienne Conservatrice associée au George Eastman Museum, et à Predrag Dimitrijevic, Technicien superviseur au Metropolitan Museum of Art.
Images complémentaires du projet
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À propos de l'auteur
Emily Phoenix
Emily Phoenix Responsable de la préparation au George Eastman Museum
Emily Phoenix travaille dans les domaines de l'encadrement, de l'installation d'expositions et de la conservation de photographies depuis plus de quinze ans. Durant ses huit années en tant que Responsable de la préparation au George Eastman Museum, Emily et son équipe ont assuré l'encadrement, la fabrication des supports, l'éclairage et l'installation de plus de cinquante expositions. En 2023, elle a été nommée Associée à la conservation et travaille désormais directement sur la documentation, le traitement et la préservation des collections du musée. Elle est titulaire d'une maîtrise en préservation photographique et gestion de collections de la Toronto Metropolitan University / George Eastman Museum, et a précédemment travaillé comme technicienne en conservation au Chicago Albumen Works.
